Réchauffement climatique et migration de la flore dans le Chablais
Les épisodes de canicule, de plus en plus fréquents, comptent parmi les manifestations les plus visibles du réchauffement climatique. Ce phénomène produit toutefois aussi des effets plus discrets, qui transforment progressivement le paysage végétal qui nous entoure.
Fig. 1 - Distribution des observations de trolle (Trollius europaeus ; cercles) et du crocus (Crocus albiflorus ; carrés) durant les périodes 1880-1920 (rouge) et 2000-2023 (bleu). Source : base de données du Cercle vaudois de botanique.
Des données botaniques comparées sur plus d’un siècle
La préparation de l’Atlas de la flore vaudoise (Cercle vaudois de botanique, 2023) a permis de comparer l’inventaire botanique mené méthodiquement dans tout le canton entre 2013 et 2022 avec des données plus anciennes, notamment celles du catalogue floristique réalisé à la fin du 19e siècle (Durand et Pittier, 1882).
Une migration progressive vers l’altitude
La comparaison montre que l’altitude moyenne des observations d’une même plante vers 1900 se situait environ 200 m plus haut vers 2020. Ce déplacement suggère que les espèces tendent à migrer vers les conditions plus fraîches de l’altitude à mesure que le climat se réchauffe.
Crocus albiflorus
Trollius europaeus
Cette tendance générale, observée pour l’ensemble de la flore sur le territoire vaudois — et probablement ailleurs — est illustrée dans le Chablais par le recul du crocus et du trolle.
Ces deux espèces restent encore courantes dans les prairies et pâturages de montagne, où de nombreuses nouvelles stations ont été répertoriées entre 2013 et 2022. En revanche, les colonies de la plaine et du bas-coteau, où elles prospéraient encore au début du 20e siècle, n’ont pas été retrouvées, même aux endroits où les prairies susceptibles de les héberger sont encore présentes.
Champ de crocus au Mont Tendre