Hommage à François Isabel (1859-1936)

Par H.-L. Guignard

Il n'y a pas de superlatif assez fort pour qualifier l'œuvre de François Isabel ! Nous allons tenter de vous le démontrer par la présentation, en plusieurs chapitres, de l'ampleur de ses recherches, de l'intérêt de ses écrits, de la qualité de ses innombrables dessins et de l'étendue des informations qu'il nous transmet concernant l'histoire du district d'Aigle.

Croquis du lieu de naissance

Fig. N° 1 : Extrait du carnet N° 119, page 20.

Biographie en bref

Né en Nairevaux, au pied du Pic Chaussy, de parents agriculteurs, François Isabel suit sa scolarité à l'école de Vers-l'Eglise, puis, dès l'obtention de son brevet de l'Ecole normale en 1879, il est nommé instituteur à Villars où il y accomplira toute sa carrière.

François Isabel dans son jardin

Fig. N° 2 : François Isabel dans le jardin de sa maison à Antagnes, vers 1930.

En dehors de sa fonction (durant l'hiver 1881-1882, il a 72 élèves dans sa classe), François Isabel est membre et secrétaire de la fanfare d'Huémoz, fondateur et directeur pendant 23 ans de la chorale l'Echo des Montagnes, chantre à l'église d'Huémoz, secrétaire-caissier de la société de la Pompe de Villars, membre du comité et initiateur des soupes scolaires de Villars, membre du comité de la société de fromagerie de Chesières, membre et secrétaire de la société de développement de Villars-Chesières, directeur de la société de chant La Vigneronne d'Antagnes, membre du Club Alpin suisse, de la Société vaudoise d'histoire et d'archéologie ou encore de la société des sciences naturelles La Murithienne.

Classe de Villars en 1908

Fig. N° 3 : En 1908, la classe de Villars de François Isabel très sérieux avec 45 élèves peu souriants.

François Isabel consacre sa vie à l'étude historique, archéologique, minéralogique, climatique, botanique, humaine et culturelle du district d'Aigle, spécialement des Ormonts et de la commune d'Ollon. Il parcourt la région en tous sens et amasse une documentation d'une ampleur stupéfiante qu'il consigne, dès 1880 jusqu'à sa mort, dans 153 carnets de notes dont une quinzaine a malheureusement disparu. Ces carnets, dont l'écriture est si menue qu'ils représenteraient plus de 60'000 pages dactylographiées, contiennent des milliers de dessins et croquis remarquables de maisons anciennes, d'épigraphes, de motifs artistiques, d'armoiries et d'objets divers, tous coloriés et finement historiés.

Carnets de notes

Fig. N° 4 : Exposition de quelques carnets dont le format était généralement de 17,5 x 11 cm.

En 1896, il présente à l'Exposition nationale suisse un manuscrit de 601 pages grand format intitulé « Les Alpes d'Ollon » et, en 1901, à l'Exposition cantonale de Vevey une autre monographie de 803 pages grand format consacrée à la vallée des Ormonts. La calligraphie de ces deux écrits est si exceptionnelle qu'elle en devient émouvante, les pleins et les déliés sont d'une régularité inimitable et les majuscules somptueusement tournées et embellies.

Page de garde monographie

Fig. N° 5 : Magnifique page de garde de la monographie de 601 pages « Les Alpes d'Ollon » rédigée par François Isabel en 1896 et complétée jusqu'en 1901.

Famille Isabel en 1922

Fig. N° 6 : La famille de François Isabel réunie à Antagnes pour les vendanges de 1922 : de gauche à droite : Gabriel (1907-1985), Antoinette (1896-1968), Albert (1883-1968), François Isabel, Jean (1891-1981), Marie-Elise née Cuttelod (1863-1937), Hélène (1887-1954) et tout à droite, François, né en 1918 (fils de Jean).

Il collabore en outre à la rédaction du Dictionnaire historique du Canton de Vaud, à l'élaboration du Glossaire des patois de la Suisse romande, au Livre d'Or des familles vaudoises, ainsi qu'à la Revue historique vaudoise. Il écrit des centaines d'articles dans la Revue, l'Educateur, le Signal sténographique, la Feuille d'Avis d'Aigle et enfin l'Echo de la Montagne.

De plus, à la demande de plusieurs municipalités, François Isabel procède entre 1910 et 1927 au classement des archives communales de Lavey-Morcles, Bex, Ormont-Dessus et Ollon ; les inventaires ou catalogues de plusieurs centaines de pages sont établis avec toujours la même précision et le souci du détail qui caractérise son œuvre.

Animé constamment par un amour profond de son pays comme en témoigne ce propos relevé dans un de ses manuscrits : « Le sens patriotique de cette œuvre apparaît partout qui sait lire. Comment se détacher de la patrie, si l'on songe à tout ce qu'elle met de grandeur, de noblesse, d'idéal, d'émotion, de force dans notre vie ? Et comment ne pas l'aimer ? ». Il ajoute : « Cette œuvre fut une œuvre de cœur, pour honorer mes devanciers et ce coin de pays. Je n'y ai pas marchandé une part de ma vie ».

En conclusion, l'on peut dire qu'une seule vie ne semble pas avoir été suffisante pour la réalisation de l'œuvre de François Isabel !