François Isabel et les archives communales

Dès 1910, François Isabel a classé les archives de la commune de Lavey-Morcles et catalogué 1'100 documents, dès 1911, celles de Bex, 7'700 documents, en 1917, celles d’Ormont-Dessus, 1'960 documents, et en 1926-1927, celles d’Ollon, 6'757 documents qui forme un catalogue de 512 pages, inclus dans la monographie « Ollon-Plaine ».

« Les archives communales ont été trop négligées au cours du XIXème siècle. Bon nombre sont perdues, faute de soins, ou dispersées par la négligence de ceux qui en avaient la garde et la tenue à jour. De vénérables documents ont servi maintes fois à allumer le feu par des gens qui n’en connaissaient pas la valeur et n’étaient pas même capables d’y faire un triage judicieux préalable ; on ne les traitait que comme de vieux papiers encombrants et on en chauffait les salles communales !

Tandis que les ouvrages d’une bibliothèque sont rarement uniques et peuvent se remplacer en cas de perte, les archives au contraire sont composées en général de manuscrits dont la plupart n’existent pas en double et sont par conséquent irremplaçables s’ils viennent à disparaître. Les archives communales sont en réalité une collection appartenant à tous parce que chacun a contribué peu ou prou à sa constitution ».
Extrait du carnet N° 103, p.38

« Tout Vaudois que nous sommes, nous aimons nos vieux usages et applaudissons aux efforts tentés pour les conserver ou les faire revivre dans ce qu’ils ont de vraiment bon ou recommandable. Où peut-on le mieux les étudier et en suivre le développement à travers les siècles sinon dans les archives locales, de familles ou de communes. Ce legs précieux de nos ancêtres doit être transmis à la postérité, non seulement intact si possible, mais encore amélioré et augmenté, de façon à laisser des traces de notre activité publique et privée. On a maintenant de la part du Bureau des archives cantonales déjà au printemps 1917 un plan uniforme pratique, clair, simple pour trouver immédiatement un document à consulter avec le minimum de recherche et de temps perdu ».
Feuille d’avis d’Aigle du 10 juin 1919

Archives de Lavey-Morcles et de Bex
À la demande de plusieurs municipalités, François Isabel procéda au classement d’archives communales, notamment celles de Lavey-Morcles en 1910-1911, puis celles de Bex avec Alfred Millioud (1864-1929), philologue, paléographe, médiéviste, sous-archiviste cantonal, préposé aux archives communales.

Archives Lavey-Morcles

Fig. 1 - Première page du Répertoire des archives de Lavey-Morcles composé de 102 pages in-folio.

Archives de Bex
Dans son avant-propos, Isabel évoque les exigences du métier d’archiviste : un bon classement facilite les recherches, mais représente une tâche immense pour une seule personne. Il rappelle la difficulté de trier et d’éliminer les documents inutiles sans en méconnaître l’intérêt potentiel, soulignant que ce travail, consigné dans un catalogue chronologique et analytique rare, vise à préserver l’histoire communale, vaudoise et suisse tout en offrant un outil utile aux chercheurs futurs.

Archives Bex

Fig. 2 - Première page du Répertoire des archives de Bex, terminé en décembre 1921.

Il précise dans son carnet N° 67 : « Du 26 mai 1911- Voici le classement des 29 volumes (onglets) reliés des documents des archives de Bex, les parchemins étant encore mis à part, par les soins d’Alfred Millioud, archiviste, H. Guillard (1856-1928), président du Vieux Bex et municipal, Ed. Meister, relieur. Em. Deléchat, menuisier, fait une armoire ad hoc à placer au caveau nord du clocher du Temple ».

Dessin classement

Fig. 3 - Dessin représentant le classement des registres.

Page 25 du répertoire

Fig. 4 - La page 25 du Répertoire qui en contient 377 !

En 1912, il note dans son carnet N° 140 : « En 1912, je fis pour la commune de Bex un répertoire provisoire brièvement analytique du classement des archives de cette vaste commune, entre autres de ses 280 parchemins, de ses onglets, de ses registres, de ses familles bourgeoises, de ses syndics, de ses châtelains et leurs lieutenants, de ses recteurs des pauvres, des pasteurs de l’église St-Clément, des régents d’école, des sociétés, des directeurs des mines et salines, des préfets bernois et vaudois de 1476 à nos jours, des médecins qui ont pratiqué à Bex leur art, ce qui prit déjà 90 à 100 pages grand format. Il y avait déjà 40 sociétés. En été 1915, j’y travaillai 600 heures ».

Page de garde archives de Bex

Fig. 5 - Superbe première page du Répertoire déposé aux archives communales de Bex.

Exemple description détaillée

Fig. 6 - Exemple de page avec la description détaillée de chaque document.

Autre page de titre

Fig. 7 – Autre page de titre.

Et finalement le « 8 mars 1922, transporté au clocher de Bex 39 volumes de documents d’archives que j’ai classées et mis les lettres et dates au dos, ce qui, avec les 29 volumes de 1911, fait 68 volumes reliés. Il y aura encore un volume « Révolution vaudoise », qui n’est pas relié. Il y a aussi un répertoire de plus de 7700 documents et 410 registres écrit par moi. Un nommé Ch. Rapaz m’a aidé à les porter au clocher. Henri Guillard (1856-1928), municipal et député, aura attaché son nom à ce classement des archives de Bex. » Extrait du carnet N° 112, p.8

Dernière page répertoire

Fig. 8 – Dernière page du Répertoire de Bex.

3 mars 1912 « Achèvement du classement des archives de Bex en XXX volumes reliés par Henri Guillard, V. Bissat, inst, Fr. Isabel, Alf Millioud pour lors sous archiviste, Meister, relieur, etc.

Archives d’Ormont-Dessus

Page de titre Catalogue Ormont-Dessus

Fig. 9 - Page de titre du Catalogue des archives d’Ormont-Dessus qui contient 192 pages et 8 pages de différentes listes.

En 1917, François Isabel s’attelle aux archives d’Ormont-Dessus et relève dans son carnet n° 100, p. 24 : « C’est en juillet-août 1917, qu’en 22 jours passés à Vers l’Eglise, j’ai classé les 1960 documents de la partie des archives qu’on m’a confiée, et dans les mois suivants que j’en ai dressé le catalogue, adressé au Syndic le 19 novembre, et qui est une pièce intéressante des archives, donnant l’indication de documents perdus, signalés par les archives elles-mêmes, la liste des familles bourgeoises, celles qui ont aussi acquis une deuxième bourgeoisie, les noms de 88 châtelains d’Ormont Oriental dans une liste inédite, et une liste des syndics, une des procureurs des pauvres ; la preuve de leur importance, c’est qu’on les trouve très souvent mentionnés jusque vers 1850 où tout se fusionne et se cumule de nouveau entre les mêmes mains ».

Concernant les documents perdus, il dénonce un trafic vénal des archives : par ignorance ou par intérêt, certains ont été soustraits aux archives communales et emportés à l’étranger. Il cite notamment un registre du consistoire (1690-1760) retrouvé par hasard à Genève, le Coutumier d’Ormont-Dessus, ainsi que plusieurs livres du XVIIᵉ siècle vendus à Rougemont, Anvers et en Angleterre. Il mentionne encore des Usances et coutumes, un Livre de raison du châtelain Pernet, des minutes de notaires et le Memorabilia commencé en 1869 par le pasteur Alfred Cérésole, qui y consignait catastrophes naturelles, notes historiques, météorologiques et statistiques. Il souhaite que ce livre continue à recueillir des événements importants ignorés par la presse et les actes officiels.

Autre page Ormont-Dessus

Fig. 10 - Autre page de titre du Catalogue des archives d’Ormont-Dessus déposé aux Archives cantonales vaudoises.

Exemple page catalogue

Fig. 11 - Exemple de page du Catalogue dans laquelle les différents documents sont décrits.

Dos page titre dessins

Fig. 12 – Dos de la page de titre avec quelques dessins.

Enfin, Isabel préconise de lancer un appel à la population afin de récupérer, avant leur destruction, les documents encore dignes d’intérêt pour les archives communales, en inscrivant les donateurs sur une liste d’honneur et en encourageant ainsi de nouvelles découvertes utiles.

Un document exceptionnel
En octobre et novembre 1919, François Isabel établit pour les Archives cantonales vaudoises un Répertoire destiné à remédier à l’état-civil de 1750 à 1866 qui fut anéanti par l’incendie de la cure du Sépey, tiré de la Grosse de reconnaissance de l’alpage de Perche.

Isabel souhaite en préambule : « En réussissant, espérons-le, à avoir mis dans un ordre à la fois alphabétique et plus ou moins chronologique tous les noms de cette Grosse (il y en a 111 noms de famille et 3000 noms répertoriés) au point de vue généalogique, puisse ce Répertoire, fait avec un goût patriotique, n’être pas inutile, apporter des éclaircissements précieux, et rendre de réels services à tous ceux à qui le cœur dira de le consulter ! »

Répertoire noms de familles

Fig. 13 - Page de titre du Répertoire des noms de familles de la Seyte du Sépey.

Exemple page détails Grosse

Fig. 14 – Exemple de page donnant un aperçu des détails relevés dans la Grosse pour chaque famille.

Liste noms de familles

Fig. 15 – Liste des noms des familles citées dans la Grosse de reconnaissance de Perche.

Les archives d’Ollon
En 1926-1927, François Isabel classe les archives d’Ollon. L’introduction du Catalogue chronologique et brièvement analytique et l’avant-propos du Supplément retracent l’histoire des archives et de leurs inventaires depuis le XVIᵉ siècle. Dans ses carnets, François Isabel précise que les tentatives d’inventaire menées entre 1837 et 1863 portaient sur 569 titres répartis en 17 rubriques, couvrant notamment les affaires communales, les limites territoriales, les cours d’eau, les villages, les délibérations du Conseil, les comptes, les pauvres, les dîmes, les cadastres, les plans et divers objets.

Catalogue Ollon

Fig. 16 - Page de titre du Catalogue des archives d’Ollon qui est constitué de 375 pages de grand format.

Relevés cloches

Fig. 17 - Dos de la page de titre avec plusieurs relevés des cloches et leur date.

Dans son carnet N° 130, p. 52, il note : « En 1926, j’ai classé un peu différemment, selon le modèle des Archives cantonales, 4545 documents et registres sous 20 principales rubriques ; j’ai trouvé sur l’ensemble 104 parchemins ; il a dû y en avoir davantage, mais une main inconnue en a pris en 1902 et 1919, selon un rapport, au moins une dizaine de parchemins et un tiroir lui-même avec tout ce qu’il contenait. Au diable les collectionneurs non autorisés qui n'ont fait que piller sans rien classer ni respecter, ni même faire aucun travail historique connu. J’ai ensuite écrit le catalogue et même donné 2 ou 3 documents ».

Enfin, sur le plan chronologique, Isabel recense 222 documents antérieurs à 1700, dont 3 du XIIIᵉ siècle, 5 du XIVᵉ, 21 du XVe, 76 du XVIᵉ et 117 du XVIIᵉ siècle, tout en signalant que certaines pièces ont été perdues ou volées.

Isabel relève encore que « Les documents communaux se perdent souvent parce qu’ils sont disséminés ici et là. A Ollon, par exemple, il y en a à la Maison de Ville (plans cadastraux), à l’ancienne cuisine du collège (armoire de 18 tiroirs dont 9 vides, découverts le 26 avril 1927), à la Cure, à l’Etat civil, au château d’Aigle (les minutaires des notaires), à la Justice de Paix, au bureau du Greffe municipal, du Syndic, du Boursier, de la Police, à la Commission scolaire, au Temple d’Huémoz ».

(Voir également dans la monographie « Ollon-Villars » le texte de Brigitte Pradervand concernant les archives communales d’Ollon, pp 381-383)

Supplément catalogue

Fig. 18 - Page de titre du supplément au Catalogue qui comporte 136 pages et 24 pages de table des matières.

Exemple supplément

Fig. 19 – Exemple de page du supplément du Catalogue.

Raisons du supplément

Fig. 20 – François Isabel explique les raisons de ce supplément.